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Fiscalité

Seuil de franchise en base de TVA et dépassement : risque de reprise fiscale

La franchise en base de TVA repose sur un mécanisme simple en apparence : tant que le chiffre d'affaires reste sous un certain seuil, aucune TVA n'est facturée aux clients. Le problème ne vient pas de la règle elle-même, mais de la façon dont elle s'articule avec deux seuils distincts, un décalage temporel qui échappe à beaucoup de freelances, et un droit de reprise de l'administration qui peut porter sur plusieurs années à la fois. Voici comment ça fonctionne concrètement, et ce qui arrive à ceux qui franchissent la limite sans s'en rendre compte.

Seuils minoré et majoré

Pour les prestations de services (BIC comme BNC), le seuil de franchise s'établit à 37 500 € de chiffre d'affaires annuel, avec un seuil majoré à 41 250 €. Les activités de vente de marchandises et d'hébergement suivent une échelle plus haute, à 85 000 € et 93 500 €. Les avocats et certains artistes bénéficient d'un régime propre, avec un seuil à 50 000 €.

Ces deux seuils ne produisent pas le même effet. Rester entre le seuil de base et le seuil majoré ne change rien à l'année en cours : la franchise continue de s'appliquer, mais l'assujettissement à la TVA devient automatique au 1er janvier suivant, sur la base du chiffre d'affaires de l'année N-1. Franchir le seuil majoré, en revanche, déclenche l'assujettissement immédiat, dès le jour du dépassement. Un freelance qui facture 42 000 € en cours d'année n'a donc pas jusqu'au 31 décembre pour réagir : il aurait dû facturer la TVA dès la facture qui l'a fait passer au-dessus des 41 250 €.

C'est ce point précis qui pose problème en pratique, parce qu'il suppose un suivi du chiffre d'affaires en temps réel, mois par mois, ce que peu d'indépendants font spontanément.

Ce qui se passe en cas de dépassement non détecté

Un freelance qui continue de facturer hors TVA après avoir franchi le seuil majoré se retrouve dans une situation où il devait collecter une taxe qu'il n'a pas collectée. L'administration, lors d'un contrôle, réclame la TVA due sur les opérations concernées, mais le client, lui, a déjà payé sa facture sans TVA et n'a aucune obligation de compléter le règlement après coup.

Le montant réclamé n'est en outre pas toujours celui qu'on imagine spontanément. Lorsque le professionnel ne peut pas récupérer la TVA auprès de ses clients a posteriori, l'administration considère généralement que le prix facturé était TTC, et calcule la TVA "en dedans" plutôt qu'en sus. Concrètement, sur une facture de 1 000 € HT supposée, la TVA rappelée n'est pas de 200 €, mais d'un montant calculé à partir du prix total, ce qui réduit d'autant la marge réelle du freelance sur les opérations concernées. Le mécanisme exact dépend des circonstances et mérite d'être vérifié au cas par cas, mais le principe général est là : c'est le prestataire qui absorbe la charge, pas le client.

S'ajoutent à cela des intérêts de retard et des pénalités.

Un droit de reprise limité à trois ans

L'administration dispose, pour la TVA, d'un délai de reprise fixé à trois ans par l'article L176 du Livre des procédures fiscales : lors d'un contrôle, elle peut remonter jusqu'aux opérations réalisées trois ans en arrière. Si un contribuable a dépassé le seuil de franchise depuis plusieurs années sans jamais régulariser sa situation, l'administration ne peut pas remonter au-delà de cette fenêtre de trois ans, mais elle peut réclamer la TVA sur l'intégralité de cette période, ce qui représente 6 mois de chiffre d'affaires ! Un freelance contrôlé en 2026 peut ainsi voir des rappels portant sur des opérations réalisées dès 2023, quand bien même le dépassement remonterait à une date antérieure.

Le montant cumulé sur trois exercices peut représenter une somme conséquente pour une activité individuelle, d'autant que le rappel porte sur l'ensemble du chiffre d'affaires réalisé après le dépassement, pas seulement sur la facture qui a fait franchir le seuil.

Sécuriser sa situation en amont

Le suivi du chiffre d'affaires cumulé, encaissement par encaissement, reste le point de départ. Un tableau de bord actualisé permet de repérer l'approche du seuil de base plusieurs mois avant que la question ne devienne urgente, et d'anticiper le passage à la TVA plutôt que de le subir.

Dans certains cas, l'option volontaire pour la TVA, prévue à l'article 293 F du CGI, s'avère plus avantageuse que le maintien en franchise, notamment lorsque l'activité génère des achats importants sur lesquels la TVA n'est aujourd'hui pas récupérée. La décision dépend de la structure de coûts et de la typologie de clientèle : professionnels assujettis capables de déduire la TVA, ou particuliers pour qui elle représente un coût sec.

Un freelance qui approche un seuil, quel qu'il soit, a intérêt à faire vérifier sa situation avant la clôture de l'exercice plutôt qu'après. La marge de manœuvre pour arbitrer entre rester en franchise, basculer volontairement à la TVA, ou ajuster le calendrier de facturation, se réduit fortement une fois le dépassement déjà consommé.

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