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Optimisation de la rémunération du freelance : les arbitrages qui comptent

La question de l'optimisation revient presque toujours au même moment : le freelance a passé deux ou trois ans en micro-entreprise, son chiffre d'affaires progresse, et il découvre que sa charge fiscale et sociale augmente plus vite que son niveau de vie. À ce stade, la réponse se trouve rarement dans le seul changement de statut. Elle dépend surtout de la manière dont l'argent sort de l'activité : rémunération, dividendes, remboursements de frais, ou maintien de la trésorerie dans la société.

Cet article décrit les arbitrages successifs qu'un indépendant rencontre au fur et à mesure que son activité se développe, et les critères qui permettent de les trancher. Les montants et taux cités doivent être revérifiés à chaque exercice, la plupart étant révisés en loi de finances.

Ce que le micro-entrepreneur paie sans toujours le voir

Le régime micro repose sur un abattement forfaitaire représentatif de frais : 34 % pour les BNC, 50 % ou 71 % pour les BIC selon la nature de l'activité (art. 50-0 et 102 ter du CGI). Les cotisations sociales, elles, se calculent directement sur le chiffre d'affaires encaissé, sans tenir compte des dépenses réelles.

Ce mécanisme est favorable tant que les charges réelles restent inférieures à l'abattement. Un consultant qui travaille depuis chez lui, sans salarié, sans matériel lourd et sans sous-traitance, est souvent dans ce cas. La situation s'inverse dès que des dépenses significatives apparaissent : location d'un bureau, achat de matériel, déplacements réguliers, recours à des freelances pour absorber la charge, cotisation à une prévoyance ou à un contrat retraite.

Deux limites sont moins visibles. La première tient à la TVA : au-delà du seuil de franchise en base, l'assujettissement devient obligatoire, ce qui change la relation avec une clientèle de particuliers ou d'organismes non assujettis. La seconde concerne l'épargne retraite : les versements sur un PER individuel restent déductibles dans les limites de l'article 163 quatervicies du CGI, mais le micro-entrepreneur ne peut pas les imputer sur un résultat professionnel qu'il ne détermine pas. (Seuils de franchise et plafonds de déduction : à vérifier à la date de publication, ils font l'objet de révisions fréquentes.)

Le déclencheur du passage au réel : le niveau des charges déductibles

Beaucoup d'indépendants attendent d'approcher le seuil de sortie du micro pour envisager un changement, alors que le point de bascule se situe là où les charges déductibles dépassent l'abattement forfaitaire, ce qui arrive souvent bien avant.

Un exemple concret : un développeur qui facture 70 000 € par an, loue un poste en espace de coworking, renouvelle son matériel tous les deux ans, cotise à une prévoyance et sous-traite une partie de ses missions peut facilement atteindre 30 à 35 % de charges réelles. En micro-BNC, il est imposé sur 66 % de son chiffre d'affaires quelles que soient ses dépenses. Au réel, il est imposé sur son résultat effectif.

Le passage au réel peut se faire à l'impôt sur le revenu, en déclaration contrôlée, sans créer de société. Cette étape intermédiaire mérite d'être examinée : elle règle la question de la déduction des charges sans ajouter d'obligations juridiques. En déclaration contrôlée, les cotisations sociales restent toutefois assises sur l'intégralité du bénéfice, ce qui laisse entière la question de l'assiette sociale.

EURL ou SASU : deux logiques de cotisations différentes

Le choix de la forme sociale conditionne le statut social du dirigeant, et donc le coût de chaque euro de rémunération.

Le gérant majoritaire d'EURL relève du régime des travailleurs non salariés. Ses cotisations sont proportionnellement plus faibles que celles d'un dirigeant assimilé salarié, avec une couverture moins étendue, notamment en matière de retraite complémentaire et d'indemnités journalières. La différence de taux global entre les deux régimes reste substantielle, mais elle se réduit lorsqu'on intègre le coût des contrats de prévoyance et de retraite supplémentaire souscrits pour compenser.

Le président de SASU est assimilé salarié. Sa rémunération supporte des cotisations plus lourdes, ouvrant des droits plus larges. Point souvent décisif pour un freelance qui démarre : en l'absence de rémunération, aucune cotisation minimale n'est due, ce qui n'est pas le cas en EURL où des cotisations minimales restent exigibles même sans revenu.

Ce choix n'est pas figé. Une transformation reste possible, avec un coût juridique et des conséquences fiscales à anticiper. Mais il vaut mieux le trancher correctement au départ, en fonction du niveau de rémunération visé, de la situation personnelle du dirigeant (conjoint, couverture existante, âge) et de l'horizon de l'activité.

Arbitrer entre rémunération et dividendes

Une fois la société soumise à l'IS, l'arbitrage devient central. La rémunération est déductible du résultat imposable, supporte des cotisations sociales et ouvre des droits. Le dividende est prélevé sur un résultat déjà taxé à l'IS, puis soumis au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % (12,8 % d'impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux, art. 200 A du CGI), avec option possible pour le barème progressif et l'abattement de 40 %.

En EURL, l'arbitrage est encadré : la fraction de dividendes excédant 10 % du capital social, des primes d'émission et des sommes versées en compte courant est réintégrée dans l'assiette des cotisations TNS (art. L. 131-6 du Code de la sécurité sociale). Cette règle limite fortement l'intérêt d'une stratégie « rémunération minimale, dividendes maximum » dans une EURL faiblement capitalisée.

En SASU, les dividendes échappent aux cotisations sociales. La tentation de ne se verser aucune rémunération existe donc, et elle est rarement une bonne idée sur la durée : absence de validation de trimestres de retraite, absence de couverture prévoyance, difficulté à justifier des revenus auprès d'une banque lors d'un projet immobilier.

L'arbitrage optimal dépend du taux marginal d'imposition du foyer, du niveau de résultat, du besoin de trésorerie personnelle et des projets à financer. Une simulation chiffrée reste nécessaire : les mêmes données donnent des conclusions opposées selon que le conjoint dispose ou non de revenus, ou que le dirigeant prévoit d'acquérir sa résidence principale dans les dix-huit mois.

La holding au-dessus de la société d'exploitation

Le montage évoqué dans beaucoup de contenus — une EURL opérationnelle détenue par une SASU holding — répond à un besoin précis : sortir la trésorerie excédentaire de la société d'exploitation sans la faire remonter dans le patrimoine personnel du dirigeant, pour l'investir.

Le régime mère-fille permet à la holding de percevoir les dividendes de sa filiale en franchise d'impôt, à l'exception d'une quote-part de frais et charges de 5 % (art. 145 et 216 du CGI), sous condition de détention d'au moins 5 % du capital pendant deux ans. L'intégration fiscale, qui suppose une détention à 95 %, répond à une autre logique : la compensation des résultats entre sociétés du groupe.

Concrètement, la holding sert à investir en titres, en immobilier via une SCI à l'IS, ou dans une nouvelle activité, avec des capitaux qui n'ont supporté que l'IS. Le financement de la vie courante du dirigeant reste en dehors de ce circuit : il passe toujours par une rémunération ou une distribution soumise au PFU.

Le montage a un coût : deux jeux de comptes annuels, deux liasses fiscales, un formalisme juridique doublé. Il devient pertinent lorsque la trésorerie excédentaire est durable et destinée à être réinvestie, ou lorsqu'une cession est envisagée à moyen terme, avec les mécanismes de l'apport-cession (art. 150-0 B ter du CGI). Pour un freelance qui consomme chaque année l'essentiel de son résultat, il ajoute de la complexité sans contrepartie.

Les leviers qui restent une fois la structure choisie

Plusieurs dispositifs s'appliquent quel que soit le montage retenu.

Les frais professionnels réels, d'abord : locaux, indemnités kilométriques, matériel, formation, documentation. Leur déduction suppose un lien avec l'activité et une justification conservée.

Le PER ensuite, qui permet de déduire des versements du revenu imposable dans la limite d'un plafond annuel, avec report possible des plafonds non utilisés des années antérieures. Son intérêt croît avec le taux marginal d'imposition.

Enfin, dès qu'un premier salarié est embauché, les dispositifs d'épargne salariale deviennent accessibles au dirigeant lui-même dans les petites structures, avec un traitement social et fiscal favorable de l'abondement.

Quand refaire le calcul

L'optimisation de la rémunération d'un freelance se joue sur une succession de choix réévalués à chaque exercice, en fonction du résultat réalisé et de la situation personnelle du dirigeant. Un montage adapté à un chiffre d'affaires de 120 000 € peut être inutilement coûteux à 60 000 €, et insuffisant à 250 000 €.

Le meilleur moment pour arbitrer se situe deux à trois mois avant la clôture de l'exercice, avec une situation comptable à jour : c'est encore le moment où la rémunération du dirigeant peut être ajustée avec effet sur l'exercice en cours.

Le cabinet accompagne les indépendants et les TPE sur l'ensemble de ces sujets : conformité comptable et fiscale, étude d'optimisation de la rémunération du dirigeant avec simulation chiffrée avant clôture, et secrétariat juridique annuel. Un premier échange permet d'identifier les arbitrages pertinents dans votre situation.

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