La micro-entreprise est le bon point de départ pour une activité d'influence : simplicité de gestion, pas de TVA au démarrage, comptabilité allégée. C'est aussi le régime où l'on accumule le plus d'angles morts, précisément parce que tout se passe bien tant que l'administration ne regarde pas. Voici ce que vous devez réellement déclarer, comment sécuriser votre facturation, et surtout comment anticiper la bascule au réel plutôt que de la subir le jour où votre chiffre décolle.
Tout est imposable, dès le premier euro
Le principe ne souffre aucune exception : l'ensemble de vos revenus tirés de votre audience est imposable, quelle qu'en soit la forme. Posts sponsorisés, stories et vidéos rémunérées, affiliation, revenus AdSense, abonnements payants — tout entre dans le chiffre d'affaires, dès le premier euro encaissé.
Le point qu'on oublie presque systématiquement, c'est le cadeau. Le produit qu'une marque vous envoie en échange d'une publication n'est pas un cadeau au sens fiscal : c'est une rémunération en nature. Il doit être valorisé à son prix de marché et déclaré comme tel. Un sac, du matériel high-tech, un séjour tout compris : dès lors qu'il existe une contrepartie éditoriale, il y a un revenu imposable. La règle vaut aussi bien pour l'impôt que pour l'assiette des cotisations sociales.
Côté URSSAF, la déclaration de chiffre d'affaires se fait depuis votre espace sur autoentrepreneur.urssaf.fr, au rythme mensuel ou trimestriel selon l'option retenue à la création. À noter : même un mois à zéro doit être déclaré.
La facture : votre première ligne de défense
Chaque prestation doit donner lieu à une facture, et une facture conforme vous évite l'essentiel des litiges avec vos clients comme avec l'administration. Y figurent obligatoirement votre identité, votre SIREN/SIRET, la date, un numéro unique et chronologique, et une description claire de la campagne facturée.
Tant que vous relevez de la franchise en base de TVA, ajoutez la mention « TVA non applicable – art. 293 B du CGI ». C'est cette mention qui justifie l'absence de TVA sur vos factures. Son oubli est une source classique de redressement.
Au-delà des seuils de franchise, la logique change : vous facturez la TVA (20% sur la plupart des prestations de services) et déposez vos déclarations. Pour 2026, ces seuils restent fixés à 37 500 € (seuil de base) et 41 250 € (seuil majoré) pour les prestations de services, et 85 000 € / 93 500 € pour la vente. Précision utile pour un article de cette année : le projet de seuil unique de TVA à 25 000 €, largement commenté début 2025, a finalement été écarté lors des débats parlementaires. Les seuils historiques restent donc en vigueur.
Une comptabilité « simplifiée » ne veut pas dire « au feeling »
Le régime micro allège vos obligations, il ne les supprime pas. Vous devez tenir un livre des recettes (obligatoire quelle que soit l'activité) recensant chronologiquement vos encaissements : date, client ou plateforme, montant, mode de règlement. Si vous vendez également des biens (merchandising, produits dérivés), un registre des achats s'ajoute.
Enfin, conservez l'ensemble de vos justificatifs pendant dix ans, sur papier ou en format électronique. C'est cette traçabilité, plus que le montant en jeu, qui fait la différence en cas de contrôle.
Impôt sur le revenu : l'abattement forfaitaire, et son revers
Vous déclarez votre chiffre d'affaires brut, et l'administration applique un abattement forfaitaire censé représenter vos charges. L'activité d'influence relève le plus souvent des bénéfices non commerciaux (micro-BNC, art. 102 ter du CGI), avec un abattement de 34% (plancher de 305 €). Lorsqu'elle est qualifiée de prestation commerciale, elle relève du micro-BIC (art. 50-0 du CGI), avec un abattement de 50%.
Ce forfait a un revers qu'il faut garder en tête : il est réputé couvrir vos charges, que celles-ci soient réelles ou non. Le jour où vos frais professionnels dépassent 34% de votre chiffre, le régime micro joue contre vous, et le réel (ou une société) redevient l'option rationnelle.
Selon votre revenu fiscal de référence N-2, l'option pour le versement libératoire de l'impôt (art. 151-0 du CGI) peut par ailleurs être ouverte et elle mérite d'être évaluée.
Les réflexes propres à l'influence
Trois points appellent une vigilance particulière dans votre métier.
Documentez vos avantages en nature. Pour chaque campagne assortie d'une dotation (cadeaux, voyages, produits offerts), ouvrez une fiche : brief, livrables, et valorisation du bien reçu. C'est cette preuve qui vous protège si l'administration requalifie une « dotation » en revenu dissimulé.
Surveillez vos clients à l'étranger. Dès que votre annonceur ou votre plateforme est établi hors de France, la territorialité de la TVA change. Pour une prestation B2B intracommunautaire, la règle du preneur (art. 259-1 du CGI) s'applique et la TVA est en principe autoliquidée par le client. Cela suppose des mentions spécifiques sur votre facture et, souvent, un numéro de TVA intracommunautaire, y compris en franchise.
Anticipez la trésorerie. Si vous approchez des seuils de TVA, ne découvrez pas le sujet le mois où vous les franchissez : basculez vos outils de facturation en amont et mettez de côté la TVA que vous allez collecter. C'est une somme que vous encaissez pour le compte de l'État, pas un revenu.
Micro ou réel : où se situe la bascule ?
Le plafond du régime micro conditionne le maintien du régime lui-même : 83 600 € de chiffre d'affaires annuel pour une activité de prestations de services (le cas de la quasi-totalité des influenceurs), 203 100 € pour la vente de marchandises. La règle de sortie est connue : un dépassement isolé est toléré, mais deux années consécutives au-dessus du plafond vous font basculer au régime réel au 1er janvier qui suit. Vous pouvez aussi opter volontairement pour le réel avant d'y être contraint.
Mais le seuil qui vous concerne le plus tôt, c'est celui de la TVA à 37 500 €. Dans une activité de services. Il se franchit bien avant le plafond micro. Concrètement, un créateur qui monte en puissance devient redevable de la TVA et doit repenser sa facturation, ses tarifs et sa trésorerie, alors même qu'il reste confortablement sous le plafond de 83 600 €.
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